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26/08/2017

Je suis venue me chercher

Je suis venue me chercher
Me tirer par l'oreille
Me prendre par la main
M'agripper par la peau du cou
Et me botter les fesses

J'ai joué à cache-cache
J'ai compté jusqu'à mille
Les yeux fermés
C'est le temps que je laisse
Pour aller me cacher
Pour aller m'oublier

Je suis venue me chercher
Pour retrouver le temps
Où je m'étais oubliée
Je m'étais laissée là
Je m'étais laissée aller

Et j'ai dû m'attraper par l'épaule
Et me secouer la tête à pleines mains
Pour me montrer que j'étais là
Que je m'étais perdue
Le temps de compter jusqu'à mille
J'avais trouvé des cachettes
Et caché tout le monde entier dedans

Je suis venue me chercher
Et quand je me suis trouvée
J'étais là toute penaude
Le nez baissé
Comme si j'avais fait une bêtise
Sans oser l'avouer autrement
Qu'en l'affichant sur mon visage
En faisant semblant d'être désolée
En faisant semblant d'être triste

Je suis venue me chercher
Et je me suis trouvée
Monstrueuse
Et je me suis demandé
Si tout le monde l'était aussi
Et trouvait des cachettes
Où mettre ses bêtises

Je me le suis demandé
Mais je ne me répondais pas
Je gardais la bouche fermée
Et regardais ailleurs
Une mouche
Un avion passait
Et c'était plus facile que de se voir en face

Je suis venue me chercher
Je suis venue à pied
Et quand je me suis trouvée
Je me suis prise par la main
En me disant que ce n'était pas grave

Je me suis tenu la main
Longtemps
Jusqu'à ce qu'elle se relâche
Jusqu'à ce qu'elle devienne molle
Qu'elle se laisse faire par la mienne
Je suis venue me chercher
Pour m'emmener marcher
Et compter jusqu'à mille
Les yeux fermés

Et quand je les rouvrirai
Je partirai chercher les autres
Avec moi sur l'épaule
Qui me chuchote les mots
Les bons
Ceux qui rassurent
Et secouent à la fois

27/02/2017

Les Chauve-Souris

On a pas bien su faire mais il faut dire qu’on savait pas, qu’on a pas bien l’habitude de faire par nous-mêmes, on n'a jamais appris à l’école, et tout petit on nous disait comment faire, on nous expliquait qu’il n’y avait qu’une seule façon, et que ça tombait bien parce que c’était la bonne, et que tout irait bien si on filait sur le droit chemin et si on s’amusait bien, mais maintenant le droit chemin il a disparu, il est pas bien droit, tout tordu, on a voulu le prendre mais on n'a pas l’habitude, alors souvent on se perd, on prend les mauvaises routes et on s’arrête au bord, et on repart dans l’autre sens parce qu’il n’y avait personne, ou au contraire parce qu’il y avait quelqu’un qui criait des choses qu’on ne comprenait pas, et dans le noir on est toujours comme tout seul alors on repart dans l’autre sens, on retourne chercher les clés, celles qui avaient semblé être les mauvaises mais qui finalement forcent un peu la serrure, parce qu’on savait pas bien mais maintenant on a appris, à forcer les serrures, à débloquer les peines, c’est juste une habitude à prendre qu’on avait pas avant, de se forcer à faire, de se forcer à se croire capables, sinon on fait pas grand-chose qu’accepter ce qui nous dégoûte et c’est pas bien marrant, même si c’est agréable de filer droit sur le chemin, le droit chemin c’est l’autoroute où il fait bon vivre, où il fait bon ignorer les regards et ignorer les autres et ne pas s’arrêter, surtout jamais, ne pas regarder derrière s’il y en a qui restent sur le bord de la route, parfois quelqu’un fait demi-tour et on s’étonne, et même il gêne, son tête à queue n’a pas de sens, il ralentit la marche à suivre, le droit chemin c’est l’autoroute où il fait bon écouter dans le poste les phrases en boucle qui font rester bien sur la route comme un radar de chauve-souris qui crient pour entendre les murs rebondir, pour s’entendre rebondir contre la glissière centrale, en face il y a ceux qui en reviennent, qui font le chemin inverse, ils ont des regards étranges, ils ont vu ce qu’il y avait au bout et ils ont l’air déçus mais il ne faut pas y penser, il faut faire par soi-même comme ils disent dans le poste, être soi-même et même, il faut bien vivre là où il fait bon vivre, ce sont les autres qui se trompent, nous ne sommes pas à même de savoir ce qui est bon ou mauvais, par exemple pour un enfant, pour un adolescent, pour un adulte, un vieillard ou un chien, heureusement il y a des textes pour ça, des mots comme ceux-ci qu’on écrit bien profond dans les têtes et sur les panneaux, et doucement le droit chemin s’inscrit et on se dit qu’on ne sait pas bien faire, qu’il vaut mieux écouter la vérité que la chercher puisqu’elle est là, autant ne pas s’embêter, il ne faudrait pas gaspiller le peu de temps qu’on a sur terre à vouloir réfléchir ou choisir ou même se tromper, ce serait trop bête de ne pas prendre la bonne route, imagine tout ce temps perdu à dévider le fil pour finalement revenir sur ses pas et chercher là où l’on s’est trompé, les chauves-souris s’énervent dans le labyrinthe parce qu’on leur a dit qu’il n’y avait qu’un chemin mais qu’il a suffi d’ouvrir un livre ou deux, les bons, et puis de s’envoler un peu au dessus pour voir le labyrinthe bien plus grand que ce qu’elles croyaient, les chauve-souris ouvrent de grands yeux ébahis, la bouche qui bave d’étonnement, les petites dents pointues à la vue de tous les chemins à côté qu’aucune route ne relie et où il faut apprendre à rattraper son tête à queue et à trouver des directions sans panneaux et sans mots dans la tête, que ses mains et apprendre à se conduire tout seul avec un seul panneau qui dit que que le bout de la route ne vaut pas un bon dérapage, une bonne sortie de route, et tout ce temps perdu à attendre que devant ça avance, à regarder flotter dans le noir les feux de la détresse des chauve-souris, devant ça vaut bien le gros filet de bave qui coule quand on découvre tout ce temps à gagner, à ne rien faire que voler dans les têtes, par-dessus les panneaux, à se sentir doucement apprendre à ne plus s’entredévorer, et regarder derrière ceux qu’on laisse à la traîne et les emmener voir ce qu’il y a au-dessus, leur apprendre comment ne plus jamais mourir que de joie en voyant la victoire s’étaler, et ronger doucement la glissière centrale, la ligne médiane de métal et de mots qui séparent les méchants et les gentils comme on nous l’a appris, il y a les gens qui roulent et puis il y a les autres, et maintenant ça roule, il faut toujours que tout avance même si au bout c’est le vide, on se regardera quand on sera au fond, dans le noir les feux de la détresse nous éclaireront encore et il fera bon vivre les quelques années qu’il nous reste d’immobilité et de froid en regardant passer les chauve-souris, qui elles ne mourront bientôt plus mais qui savent un peu mieux forcer les serrures, les yeux ébahis de joie à la vue de ce qu’elles savent enfin faire.

 

08/09/2016

Prendre les armes

 

Prendre les armes, toutes les armes, les armes à feu, les armes à yeux, les armes à bras et à penser, les armes à prendre, il y a toutes les armes et maintenant apprendre à s'en servir, les armes à langue, les armes à joie et à fureur, apprendre à s'en servir, prendre, se servir dans la caisse, la caisse d'armes, la caisse à bras, la caisse enregistreuse, apprendre à s'en servir, prendre les armes sur le tapis roulant et passer à la caisse, passer la caisse par les armes, enregistrer les armes, il y a toutes les armes sur le tapis roulant, prendre le tapis, apprendre à s'en servir, apprendre à se servir, se prendre les pieds dans le tapis, sous le tapis, il y a toutes les armes, les armes à vent et les armes à poussière, les vieilles armes, sous le tapis il y a la trappe, la cave, les caisses dans la cave, il y a toutes les armes et maintenant apprendre à s'en servir, la cave à armes, la cave à vins, la cave à cauchemars, puni sous le tapis, sous le tapis la trappe, sous la trappe toi qui crie, aux armes, toutes les armes, les vieilles armes, les jeunes armes, les jeunes vieux déjà, apprendre à s'en servir, les armes, toutes les armes passées à la caisse, les armes achetées, les armes discount, les armes maison, les armes perso, les armes du cerveau, les prendre et les donner, sous le tapis la trappe, la cave à armes, entrer, faire entrer, se servir, apprendre à s'en servir, apprendre à se servir, sous le manteau les armes, sous le manteau les armes à corps, les armes à peau, les armes à se toucher partout, sous le manteau la caisse du corps, la peau à prendre, à se toucher, à s'en servir, les armes à poils, les armes à cuisses, les armes à tétons, il y a le manteau et il y a toutes les armes, le métal contre la peau, apprendre à s'en servir, prendre la caisse, se servir, se servir des armes, apprendre à faire peur, se servir de la peau, il y a le manteau et il y a la peur des trous dans la peau, s'en servir, les armes à peur, les armes à lâche, les armes à l'arrache, courir, il y a le manteau, sous le manteau la caisse, courir, se servir de la peur, passer la peur par les armes, les armes du dedans, les armes en soi, les armes à joie, passer les armes par la joie, prendre les armes pour la joie, pour les prendre, pour ne pas rien faire, s'en faire, s'inventer, il y a les armes à l'arrache et il y a les autres, toutes les armes, les armes à deux balles et les armes à mille, il y a les armes discount et puis combien les prennent, s'en prendre aux armes, détruire les armes, les armes à barreaux, les armes à barbes, les armes à barbelés, les armes à détruire, à s'arracher de sous la peau, les armes sous la peau, les armes à s'enlever du cerveau, les armes du matin et les armes du soir, sous le tapis la cave, sous la peau le cerveau, passer le cerveau par les armes, passer le cerveau par la joie, sous la peau toi qui crie, aux armes, il y a les armes à nom, les armes à passeport et les armes à empreintes, les armes aux murs et les murs à oreilles, il y a les armes au bout des doigts, les empreintes de peau dans le cerveau, il y a les armes à la cave, les armes au bureau, les armes à la cuisine, les couteaux, il y a la peur des trous dans la peau, le métal contre la peau laisse sortir les armes de tous les jours, prendre la peau, laisser des trous, il y a le manteau, sous le manteau toi qui crie et les armes du soir qui laissent des trous dans la peau, les traces dans le cerveau, il y a les armes à cuisse, les armes de garçon et les armes de fille, les armes bleues, les armes rouges, les armes bien rangées, par nom, par taille, par forme, par couleur, prendre les armes et les mélanger, les mille armes à deux balles, oublier les armes, éviter la caisse, éviter les trous dans la peau, oublier les trous, oublier toi sous le manteau, il y a les trous et il y a toi avant, et maintenant les armes bien rangées, il y a les armes à courage, les armes à ténacité, les armes à dents, les armes à muscles, serrer les armes, serrer les dents, il y a les poings, les armes de mains, les armes discrètes, sous le tapis la cave et la torture, sous le tapis il y a toi qui crie et qui te fait des trous dans la peau, le métal contre la peau laisse sortir la peur de tous les jours, il y a des trous dans le soir, apprendre la torture, apprendre l'histoire, apprendre la peur de tous les jours, il y a des trous dans le soir, il y a le matin, les armes d'habitude, les armes d'abruti, les armes molles, froides, il y a des matins comme des soirs, et toi qui ne crie plus, il y a toi avant et il y a toi maintenant, abruti, il y a les armes en or et les armes à fourrure, les armes à cuir, les armes à canapé et toi qui ne crie plus, les armes discrètes, sous le canapé les armes, les trous dans la peau, la cave, les cris, la torture, la joie, le cerveau, il y a des trous dans le soir, sous le canapé les cadavres, sous le canapé il y a toi qui crie et sur le canapé il y a toi qui ne crie plus, prendre les armes à ennui, prendre les armes à dire oui, prendre les armes calmes, et les détruire, sortir la peur de tous les jours, sortir par les trous la colère, il y a des trous dans le soir, laisser sortir le matin, les armes, prendre les armes le matin, prendre un café, et ne plus les lâcher.