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27/04/2014

Avant

Avant
J’avais
Mais après
J’avais plus

Avant
J’avançais
Je pensais
Je serai

Mais après
Jamais plus
Je savais 
Que je n’aurais pas dû

J’avais envie
Avant
J’avançais
Mais après

J’ai appris
J’ai même su
J’ai acquis des
J’ai connu des

Avants
Des arrières
Des après
J’ai appelé

Des objets par leurs noms
Et des gens mais après
Il y a eu une question
Peut-être plusieurs même

Et si avant j’avais
Après je n’avais plus
Ca y était ouais
J’étais dedans

J’étais perdu
Bien décidé
A me perdre
Encore plus

J’avais envie
De jouer
J’ai creusé des
Trous j’ai usé

Les objets et les gens
J’avançais
En geignant 
Et j’y suis

Encore
Ici
J’ai appris
Mais c’est long

Et les arrières
Sont encore
Plus nombreux
Que les avants

Mais après 
On apprend
Toujours
Encore

On libère
De l’espace
D’esprit
Mine de rien

Là-dedans
On efface
Et on recommence
Toujours

C’est le vertige
Qu’avant
J’avais

Que j’ai

Que j’ai

Que j’espère

Avoir

Toujours

Et même après

19/04/2014

A ton avis,

Être vivant
Ca serait pas être invivable ?
Aspirer la vie
La confisquer
S'en faire le seul capable
Rester vivant comme au début
Être intransigeant
On peut difficilement caresser la chose
Caresser des objets
Passer ses doigts
Sur les écrans
Pour la poussière et le défilement
Inutile
Et vivre

Il y a peu de temps je faisais ma demeure
Dans le silence des caves
Dans l'annihilation
Et tout ça me suffisait
J'écoutais et je comprenais
Je souffrais de la solitude 
Mais il y avait la vérité dans ces membres atrophiés
Dans cette pensée encore prise dans le placenta
Elle se distordait
Elle cherchait partout
Partout elle cherchait à s'enfuir
Et déjà je parle au passé
A quel âge commence-t-on à ne vivre
Que dans le souvenir ?

Tout le bruit qu'on fait
C'est l'indicible qui sort
Ce qu'on ne peut même pas se dire entre nous
Il est impossible de parler
Comment sortir ?
On fait du bruit
C'est comme parler mais en mieux
C'est du feu
Incompréhensible
Mais au moins ça sort
Et avant quand ça sortait pas c'était tout coincé
Tout dur 
Du noyau très froid
Maintenant ça rayonne
Et ça brûle pas mal de trucs autour
Mais comme on a chaud 
Qu'on a pas faim
Et qu'on mange quand même
On oublie et le temps passe

Et que ça marche ou pas à la limite
C'est sorti et on s'en sort
J'aimerais pas que le temps passe vite
Et être mort

05/04/2014

Sais-tu compter jusqu'à dix milliards ?

Il y a eu récemment un souci d’enlisement

Nous sentons presque arriver une fin
Rassurante au possible
Nous sentons le froid
Nous sentons l’eau monter
Nous sentons bruire le sol
Et quelque part une piscine menace

Pas de maître nageur
Pas de maître penseur
Simplement sur un toit
Une cuve pleine d’eau
Et un avenir proche
Qui ne laisse plus le temps
De penser à se mettre à l’abri

Nous marchions les sourcils froncés
Inquiets et complices
Les regards se taisaient
Nous feignions de ne pas nous voir
Pour ne pas avoir
A nous parler
A sentir dans les yeux du passant
Que nous étions dans le même bateau

La panique bruissait lentement
La colère presque pas
L’impatience tout au plus
D’enfin voir guéri ce grand cancer
D’enfin sentir toute cellule annihilée
Par mesure de précaution

-

Enfin au bord de la piscine
Tous amassés sur le grand plongeoir
Au dessus de l’eau atomique
Nous sommes libres et ensemble
Nous sommes enfin heureux
De ne pas nous soucier de l’ensuite
De ne pas craindre de se perdre
À prendre la main de l’inconnu
À sourire
Tendrement gêné
À n’importe quel être

Nous marchions de front
Sourcils froncés
Sans enfin plus se soucier
Nous ne serions jamais dix milliards
Sais tu compter jusqu’à dix milliards ?
Il n’y a jamais eu autant de monde
Sur le monde
Qui disparaît

Nous ne faisions enfin plus semblant
De faire comme si nous ne savions pas
Comme si nous avions besoin de cela
Pour savoir
Que nous ne ferions rien
Que la faute était consommée
Que l’union était viciée
Entre nous et la vie qui nous était offerte
Entre nous et le langage
L’écriture
Nous et la civilisation
Entre nous et nous

-

Nous avions battus toutes les peurs
Puisqu’il n’y en avait plus qu’une
Et qu’elle était commune
Enfin nous l’avions trouvé notre
Grand soir
L’instant de fraternité
Comme une fraction de mains serrées
Au naufrage d’un bateau

Une seconde nous étions matelots
Mâles et femelles
Âpres et vaillants
Malheureusement
Cela ne dura pas
Mais enfin
L’absence de sens n’était plus
Une autre façon de s’engourdir
Mais la vérité concrète
Incontrôlable

Nous sourions
Nous avions retrouvé l’adolescence
Nous étions heureux et fiers
De sentir arriver
Du milieu des mers
L’absolu
Porté disparu depuis des siècles

Nous avions retrouvé le lyrisme
A la hauteur de notre décadence
Nous sourions
Et je n’eus qu’un instant pour relire mes mots
Je n’avais déjà pas rendu copie blanche

Certains connaissaient le correcteur
Je leur souhaitai un bon piston
En espérant être recalé
Pour connaître les seuls vraies vacances qui soient