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14/09/2015

Je ne pondrai pas

Je ne pondrai pas
Premièrement j'en suis bien incapable
Et puis je ne veux pas

Je ne me reproduirai pas
Car ce serait reproduire
Et produire je ne veux pas

Je ne pondrai pas
Il y a bien assez d'oeufs
Et bien assez de nous

Je ne me reproduirai pas
Il y a bien assez de moi
Et d'un autre je ne veux pas

Je ne pondrai pas
Deuxièmement je n'en ai pas besoin
Des enfants j'en ai plein

Je ne me reproduirai pas
Car je me ponds déjà
Chaque matin

Je ne pondrai pas
Chaque jour un nouvel oeuf
Dont on ne voudra pas

Je ne me reproduirai pas
Car le peu qui vaille le coup
Ne tiendra pas le coup

Je ne pondrai pas
Troisièmement parce que j'ai bien trop honte
Je ne serai pas de ceux-là

Je ne me reproduirai pas
J'ai trop honte de ce qu'on pensera
Quand on réalisera

Je ne pondrai pas
Je veux être de l'espèce qui pense à demain
Quand demain on verra

Je ne me reproduirai pas
Parce que re c'est déjà une fois de trop
Je n'ai pas besoin de ça


Je ne pondrai que s'il a des griffes
Et des crocs
Et des poils

Je ne pondrai que s'il grogne
Que s'il crie
Que s'il mord

Je ne pondrai que s'il n'y a plus personne
Alors ça vaudra la peine
Sinon je ne pondrai pas

Je ne me pondrai pas
Je ne répandrai pas
Un moi colonisateur

Je ne répondrai pas présent
A l'appel infâme
De la reproduction

Je ne pondrai pas
Premièrement j'en suis bien incapable
Deuxièmement je n'en ai pas besoin
Troisièmement parce que j'ai bien trop honte

Il y aurait des moi partout
Comme il y en a déjà
Je ne pondrai pas d'oeufs
Que des nous

10/09/2015

Les gens c'est des ordis

Les gens c’est des ordis
Ou plutôt
Les ordis
C’est des gens
C’est une présence qui est là dans l’esprit
Et qui tire la solitude vers les écrans
Les gens
Ne me laissent pas un instant
Les gens
Ordinaires
Surtout
Ou plutôt
Les ordis cadavériques
Que l’on croise
Dans son miroir
Dans sa webcam
Soi
Et au dessus
Un être tout pareil
Un buste qui s’ennuie
Les gens c’est des ordis
Et je me demande si un jour
Si la génération qui arrive
La génération rapide
Rapide
Qui me fait parler comme un vieux con
A vingt-et-un ans
Parce que tout s’est passé très vite
Je me demande si un jour
La génération qui arrive se fera enterrer comme les pharaons
Avec ses biens
Son or
Ses vêtements
Et son téléphone portable
J’en viens à
On en vient à
Espérer un jugement dernier
On en vient à prier
Pour qu’une catastrophe
Détruise tout ça
Et laisse les humains en plan
Avec plus que leurs corps et leurs bouches pour communiquer
Pour se défendre
Avec la proximité violente
Et l’être véritablement mis à l’épreuve
Et la mort qui rôde
Et la solitude réelle
Quand vient le jugement dernier
La vie est plus simple et brutale
Et les ordis ne sont plus là
Pour relativiser
Et les jeunes vieux ne sont plus là
Pour tout ectoplasmer
Pour tout objectiver
Pour tout réduire à du vocabulaire
Pour éloigner
Cloisonner et encastrer
Les vrais actes significatifs
Dans des abstractions comme
Révolte adolescente ou
Prise de tête inutile
Intellectualisme
Enfonçage de portes ouvertes
C’est la vie
Asociabilité
Dépression
Esprit de contradiction

Merde
Les gens c’est des ordis
Branchés à des ordis
Et moi aussi
Perfusé
Constamment approvisionné d’oubli
Qui n’a pas le temps de s’imprimer
J’imagine nos cerveaux
Qui gouttent
Avec parfois quelques volutes de sens
Remontant dans le tuyau
Mais pas loin
Pas fort
La pente est trop forte
C'est-à-dire que tout est fait
Et je n’invente pas
Il y a des preuves
Des exemples
Des milliers
Dont nous sommes tous complices
Et victimes à la fois
Tout est fait pour que nos cerveaux
S’écrasent
Se taisent
Et que nos corps ne ressentent pas
Ne se touchent pas
Autrement que comme on le leur dit
Bassement
Tout est fait
Pour qu’on en dise le moins possible
Qu’on sache tout et rien
Les uns sur les autres
Entassés
Et aveugles
Imagine
Des tas d’aveugles
De corps aveugles
Qui tentent de s’échapper dans des directions plus ou moins différentes
Sans voir qu’ils se piétinent et s’entretuent
Sans voir qu’ils s’empêchent les uns les autres
Qu’il faudrait tous se relever d’un coup
Comme un seul homme
Nous sommes à terre
Nous sommes à la terre
Nous ne nous appartenons que très peu
Et pourtant
Il suffirait d’à peine
Et d’ailleurs il suffit d’à peine
D’un regard différent
Pour que parfois la proximité soit là
Pour que quelque chose pas
Mais ça dure rarement
La pente est trop forte
On parle trop
Et trop mal
Les sangs se frôlent
Seulement
Il y a quelque chose de bête
Qui est la cause de beaucoup peut-être
C’est qu’avec
Les gens
Les ordis
La santé
Les films
Les simagrées
Les dissimulations
On a oublié qu’on mourait
Qu’on mourrait
On voit le temps s’espacer
On le laisse filer
C’est bien
De ne pas être temporaliste
Attaché
Trop
A la vie
Mais
Tout de même
Ou alors
Arrêtons de nous plaire
De chialer

Nous sommes complices et victimes à la fois
Et pour les enquêteurs
S’il en reste
Dans des milliers d’années
Ce sera un mystère impénétrable
Que cette humanité qui s’enterre elle-même
Et ces gens
Ces ordis
Qui se laissent mourir
Sans même se soucier de leur réhabilitation
Nous pourrions
Nous devrions être
Terroristes de la vie
Fanatiques suicidaires
De l’empire à avoir
Sur sa propre existence
Mais nous n’avons pas le temps
Nous sommes des ordis
Et il suffit de parfois
Vider la corbeille
Et faire reluire l’écran
D’un coucher de soleil
D’une musique pénétrante
D’une peinture
D’un sourire
Pour oublier les humains plus tard
Les humains plus tôt
Nous oublions toujours
Toujours l’oubli
Nous oublions même l’oubli

Messieurs les enquêteurs
Je suis prêt à collaborer pour me racheter
Je dirai tout
Cela ne pardonnera pas mes fourberies
Mes couardises
Mais si je puis avoir une remise de peine
Un traitement privilégié
Un mot d’encouragement
Un compagnon de cellule pour l’éternité
Je suis prêt à être la pire des balances
Je dirai tout
Comment nous fûmes
Et ce qui a pu nous mener
A cette affaire inextricable
Inévitable
A ce jugement
Le dernier j’espère
Faites bien votre métier messieurs
Nous n’eûmes pas le courage d’être terroristes
Nous n’étions que terrorisés
Attendions juste que quelqu’un prenne une décision
Oui le voisin
N’importe quoi
Non je n’ai rien fait
Oui bien sûr
J’ai tout mon temps
Si ce jugement est le dernier
Autant ne pas bâcler

 

 

 

25/05/2015

Dedans

Dans les gares on pédale pour charger son portable
Dans les bars on déballe sa charge d'insupportable
Dans les trains on dénonce le dangereux intrus
Qui triche, on tranche net entre nous, je et tu

Dans les immeubles brillants on cherche le futur
Dans les livres on relègue le passé, les ordures
Dans les musées on croise quelques craintives âmes
Qui traînent, on y évite la vie et le vacarme

Dans les écoles on brade un ennui éternel
Dans les rues on bavarde les yeux dans les pixels
Dans les stades on déverse l'intense frustration
Qui sublime, on embaume l'homme dans la passion

Dans les chambres on étouffe des cris dans l'oreiller
Dans les cuisines on créée des prisons acceptées
Dans les asiles on range ceux qui ont l'esprit en cendres
Et dont les rires dérangent, on craint de les comprendre

Dans les cités on singe l'Amérique des clips
Dans les cervelles s'installent les pires stéréotypes
Dans les urnes on balance le droit de ne pas choisir
De ne pas être responsable, de ne pas être les pires

Dans les salons on crache sur le monde au dehors
Dans les télés on crache sur le peuple aux yeux morts
Et dans des cases très loin on résiste à cette merde
Qui ronge. Combien de peuples ont encore à y perdre ?