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27/02/2017

Les Chauve-Souris

On a pas bien su faire mais il faut dire qu’on savait pas, qu’on a pas bien l’habitude de faire par nous-mêmes, on n'a jamais appris à l’école, et tout petit on nous disait comment faire, on nous expliquait qu’il n’y avait qu’une seule façon, et que ça tombait bien parce que c’était la bonne, et que tout irait bien si on filait sur le droit chemin et si on s’amusait bien, mais maintenant le droit chemin il a disparu, il est pas bien droit, tout tordu, on a voulu le prendre mais on n'a pas l’habitude, alors souvent on se perd, on prend les mauvaises routes et on s’arrête au bord, et on repart dans l’autre sens parce qu’il n’y avait personne, ou au contraire parce qu’il y avait quelqu’un qui criait des choses qu’on ne comprenait pas, et dans le noir on est toujours comme tout seul alors on repart dans l’autre sens, on retourne chercher les clés, celles qui avaient semblé être les mauvaises mais qui finalement forcent un peu la serrure, parce qu’on savait pas bien mais maintenant on a appris, à forcer les serrures, à débloquer les peines, c’est juste une habitude à prendre qu’on avait pas avant, de se forcer à faire, de se forcer à se croire capables, sinon on fait pas grand-chose qu’accepter ce qui nous dégoûte et c’est pas bien marrant, même si c’est agréable de filer droit sur le chemin, le droit chemin c’est l’autoroute où il fait bon vivre, où il fait bon ignorer les regards et ignorer les autres et ne pas s’arrêter, surtout jamais, ne pas regarder derrière s’il y en a qui restent sur le bord de la route, parfois quelqu’un fait demi-tour et on s’étonne, et même il gêne, son tête à queue n’a pas de sens, il ralentit la marche à suivre, le droit chemin c’est l’autoroute où il fait bon écouter dans le poste les phrases en boucle qui font rester bien sur la route comme un radar de chauve-souris qui crient pour entendre les murs rebondir, pour s’entendre rebondir contre la glissière centrale, en face il y a ceux qui en reviennent, qui font le chemin inverse, ils ont des regards étranges, ils ont vu ce qu’il y avait au bout et ils ont l’air déçus mais il ne faut pas y penser, il faut faire par soi-même comme ils disent dans le poste, être soi-même et même, il faut bien vivre là où il fait bon vivre, ce sont les autres qui se trompent, nous ne sommes pas à même de savoir ce qui est bon ou mauvais, par exemple pour un enfant, pour un adolescent, pour un adulte, un vieillard ou un chien, heureusement il y a des textes pour ça, des mots comme ceux-ci qu’on écrit bien profond dans les têtes et sur les panneaux, et doucement le droit chemin s’inscrit et on se dit qu’on ne sait pas bien faire, qu’il vaut mieux écouter la vérité que la chercher puisqu’elle est là, autant ne pas s’embêter, il ne faudrait pas gaspiller le peu de temps qu’on a sur terre à vouloir réfléchir ou choisir ou même se tromper, ce serait trop bête de ne pas prendre la bonne route, imagine tout ce temps perdu à dévider le fil pour finalement revenir sur ses pas et chercher là où l’on s’est trompé, les chauves-souris s’énervent dans le labyrinthe parce qu’on leur a dit qu’il n’y avait qu’un chemin mais qu’il a suffi d’ouvrir un livre ou deux, les bons, et puis de s’envoler un peu au dessus pour voir le labyrinthe bien plus grand que ce qu’elles croyaient, les chauve-souris ouvrent de grands yeux ébahis, la bouche qui bave d’étonnement, les petites dents pointues à la vue de tous les chemins à côté qu’aucune route ne relie et où il faut apprendre à rattraper son tête à queue et à trouver des directions sans panneaux et sans mots dans la tête, que ses mains et apprendre à se conduire tout seul avec un seul panneau qui dit que que le bout de la route ne vaut pas un bon dérapage, une bonne sortie de route, et tout ce temps perdu à attendre que devant ça avance, à regarder flotter dans le noir les feux de la détresse des chauve-souris, devant ça vaut bien le gros filet de bave qui coule quand on découvre tout ce temps à gagner, à ne rien faire que voler dans les têtes, par-dessus les panneaux, à se sentir doucement apprendre à ne plus s’entredévorer, et regarder derrière ceux qu’on laisse à la traîne et les emmener voir ce qu’il y a au-dessus, leur apprendre comment ne plus jamais mourir que de joie en voyant la victoire s’étaler, et ronger doucement la glissière centrale, la ligne médiane de métal et de mots qui séparent les méchants et les gentils comme on nous l’a appris, il y a les gens qui roulent et puis il y a les autres, et maintenant ça roule, il faut toujours que tout avance même si au bout c’est le vide, on se regardera quand on sera au fond, dans le noir les feux de la détresse nous éclaireront encore et il fera bon vivre les quelques années qu’il nous reste d’immobilité et de froid en regardant passer les chauve-souris, qui elles ne mourront bientôt plus mais qui savent un peu mieux forcer les serrures, les yeux ébahis de joie à la vue de ce qu’elles savent enfin faire.

 

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