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01/02/2015

Animalerie

Lorsqu'il en a marre d'être un prédateur, le prédateur lâche des yeux la proie et observe un autre prédateur, pour voir s'il est aussi dégueulasse que lui-même. 

Il en oublie la proie, qui s'étonne de le voir ainsi l'abandonner, et puisqu'elle le fuit constamment, elle est gênée de sentir que ce manque d'attention la chagrine.

L'autre prédateur, qui lui s'est installé, selon sa méthode habituelle, non loin de la proie mais sans la regarder, pour qu'elle le remarque d'elle-même, réalise qu'elle ne le voit pas, mais qu'elle est focalisée sur un autre objet, notre premier prédateur.

Alors, le second prédateur se détourne de la proie pour s'intéresser à ce qui la détourne de lui, et, suivant son regard, tombe sur le premier prédateur, qui lui-même ne le lâche pas des yeux depuis le début de la scène.

Et c'est là que survient le climax de la rencontre de ces trois individus : l'instant où les deux prédateurs se remarquent, se jaugent et se jugent. Ils en oublient la proie, et sont effarés du soulagement que cela provoque chez eux.

Ils se sentent bien. La proie est écartée, la poursuite, les jeux malsains, les fausses approches, la traque aussi. 

Il n'y a plus qu'eux deux, et une vague satisfaction de sentir toute proche la proie trembler de déception.

Et lentement, spontanément, sans aucun doute, les deux prédateurs s'avancent l'un vers l'autre, se prennent dans les bras et s'embrassent, et rient de la proie qui se dresse entre eux et les sépare d'un geste brusque, dévorant l'un d'entre eux, voire les deux.