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17/11/2014

Tête en bas

Il y avait des jours
Où on se couchait tête en bas
Contre la pente
Sur n'importe quelle colline
Pour faire couler le sang
Vers la tête
Et pour mieux réfléchir

Assez vite la douleur
Devenait une fièvre
Et jusqu'à nos têtes creuses
Affluaient les idées
Les chansons et les souvenirs
D'une époque passée
Où ce n'était pas démodé
De penser
Où ce n'était pas dangereux
De grimper la colline
Et pas inconfortable
De dormir tête en bas
Jambes en l'air
Comme piétinant le ciel

Nous attendions le soir
Qui ne voulait pas venir
Les nuages menaçaient
De nous chatouiller les orteils
De leurs plumes grises
Et de ne pas laisser
Le soleil disparaître
En creusant dans leurs ventres
Des trous
Comme des ulcères

Nous avions oublié la lumière
Et elle nous frappait
Pas comme en ville
Pas comme un drap brûlant
Mais comme des pics en terre
De l'argile qui fondait
Et nous faisait suer

Et nos jus
Avec les souvenirs
Affluaient vers le crâne
Et faisaient sur nos faces
De vieux masques marbrés

-

C'est ce que nous cherchions
Vieillir comme des statues
En laissant le temps et les âges
Se déposer sur nous
Comme des champignons
Le monde et ses nouveaux dieux
Avaient souillé la jeunesse
Alors nous l'avons abandonnée

On disait
Interdit
D'être jeune
D'être beau
Et vous feriez bien
Tous autant que vous êtes
D'en faire de même
Oubliez la jeunesse
Oubliez cette idée
Qu'il faut gagner du temps

Du temps pour faire quoi ?
Laissez le temps se faire
Sans même le regarder
Juste pour vivre encore
Et pour vivre plus fort
Ne vous demandez pas
Si c'est le temps présent
Le passé le futur
Ou les trois à la fois
Qu'on économise

-

Le temps
Argent
Sensuel
Et coulant
Se disperse
Se dispense mieux que tout
Se monnaie
Et du temps de perdu
Ça reste du temps vécu
Et inventer des feintes
Des stratégies de druide
Pour en gagner encore
C'en est déjà de trop
Et déjà trop pensé
Avec trop de recul
Pour être assez rentable

-

Placez-vous tête en bas
Contre n'importe quelle pente
De n'importe quelle colline
Et laissez faire le sang
Qui descend
Et charrie avec lui
Comme un fleuve
Les vies et les pensées
Les bâtons qu'on se met
En travers de la vie
Sans y penser
Les péniches sans pilote
Recouvertes de mouches

Et dans son flux joyeux
Entre les vagues rouges
Terrés
Craintifs
Sombres
Il y a les avants
Les vieilles capacités
Et la dure légèreté
D'avant le handicap
Et d'avant la torture
D'être seulement vivant
De quand nous étions forts
Drôles et impitoyables

Laissez couler tout ça
Jusqu'au bout de nos crânes
Et noyez vous dedans
Vous ne vous doutiez pas
Vous y trouver autant
Mais nous pensons à vous
Nous y pensons
Tout le temps

 

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