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26/09/2014

Chien sauvage

J'étais assis et je regardais jouer les enfants qui avaient décidé de marcher seulement dans l'ombre, ils couraient en se dandinant comme des marcheurs sportifs, très vite, en faisant attention de ne pas aller dans la lumière. Ils étaient au beau milieu de la place, ils s'y étaient précipités en arrivant, pendant que les adultes la traversaient nerveusement. Grandir, c'est désapprendre les grands espaces. Les enfants sont des chiens sauvages, et je regardais leurs pattes s'agiter dans l'ombre, presque invisibles.

Les parents plus loin répétaient non, non, non, non, non, machinalement. J'avais très envie de me lever et d'aller faire comme eux, de les voir de plus près, on me regarderait mais je m'en foutrais, je pourrais jouer et les toucher, être eux, n'être pas moi, c'était trop pur pour être vrai, je voulais chambouler tout ça, que les parents se lèvent et qu'un papa me frappe, ce ne serait pas pire que l'inattention. Je commençais à être excité, mes jambes me démangeaient et je me voyais déjà partir comme un dératé à travers l'ombre et la lumière, je me voyais déjà comme un zèbre, et eux seraient des flamands roses s'envolant à mon approche, j'aurais batifolé et joui, brisant le semi-silence de vendredi soir en province, et on m'aurait enfermé encore et ce ne serait toujours pas pire que la liberté, la fausse paix ennuyeuse.

Mais ce n'était que des pensées, mes jambes tremblaient nerveusement, je touchais mon jean moite et le type à côté de moi me regardait en coin, sûrement depuis un bon moment. Je tremblais, j'attendais quelque chose sans savoir quoi. Le type regardait mes mains et les enfants, et une sirène de pompier a retenti. J'ai attendu que le gars se tourne pour regarder passer le camion et je me suis levé, sans courir, mais d'un pas décidé. J'allais faire ce que j'avais envie, je crois que j'en avais envie, je voulais être un enfant, être dans un enfant, comme eux, toujours dans l'ombre, jouer à disparaître dans la nuit, dans les zébrures, dans leurs entrailles, c'est peut-être horrible, je sais pas, tout se télescopait, j'étais à quelques mètres d'eux quand le type m'a tiré par le bras.

« Vous avez du feu ? » Je suis redescendu d'un coup. Il a allumé sa cigarette et m'a rendu mon briquet lentement, en louchant sur sa clope qui fumait. Puis il m'a regardé fixement, avec un air entendu, presque étonné, les sourcils levés, la tête inclinée sur le côté et vers l'avant. Puis il a fait demi-tour après avoir jeté un regard aux enfants. Les parents nous regardaient un peu, je ne sais pas si c'était le hasard qui a fait venir ce gars, ou s'il avait compris.

Les enfants sont sortis de l'ombre, c'étaient des chiens sauvages rassasiés de plein air.

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