Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/04/2014

Sais-tu compter jusqu'à dix milliards ?

Il y a eu récemment un souci d’enlisement

Nous sentons presque arriver une fin
Rassurante au possible
Nous sentons le froid
Nous sentons l’eau monter
Nous sentons bruire le sol
Et quelque part une piscine menace

Pas de maître nageur
Pas de maître penseur
Simplement sur un toit
Une cuve pleine d’eau
Et un avenir proche
Qui ne laisse plus le temps
De penser à se mettre à l’abri

Nous marchions les sourcils froncés
Inquiets et complices
Les regards se taisaient
Nous feignions de ne pas nous voir
Pour ne pas avoir
A nous parler
A sentir dans les yeux du passant
Que nous étions dans le même bateau

La panique bruissait lentement
La colère presque pas
L’impatience tout au plus
D’enfin voir guéri ce grand cancer
D’enfin sentir toute cellule annihilée
Par mesure de précaution

-

Enfin au bord de la piscine
Tous amassés sur le grand plongeoir
Au dessus de l’eau atomique
Nous sommes libres et ensemble
Nous sommes enfin heureux
De ne pas nous soucier de l’ensuite
De ne pas craindre de se perdre
À prendre la main de l’inconnu
À sourire
Tendrement gêné
À n’importe quel être

Nous marchions de front
Sourcils froncés
Sans enfin plus se soucier
Nous ne serions jamais dix milliards
Sais tu compter jusqu’à dix milliards ?
Il n’y a jamais eu autant de monde
Sur le monde
Qui disparaît

Nous ne faisions enfin plus semblant
De faire comme si nous ne savions pas
Comme si nous avions besoin de cela
Pour savoir
Que nous ne ferions rien
Que la faute était consommée
Que l’union était viciée
Entre nous et la vie qui nous était offerte
Entre nous et le langage
L’écriture
Nous et la civilisation
Entre nous et nous

-

Nous avions battus toutes les peurs
Puisqu’il n’y en avait plus qu’une
Et qu’elle était commune
Enfin nous l’avions trouvé notre
Grand soir
L’instant de fraternité
Comme une fraction de mains serrées
Au naufrage d’un bateau

Une seconde nous étions matelots
Mâles et femelles
Âpres et vaillants
Malheureusement
Cela ne dura pas
Mais enfin
L’absence de sens n’était plus
Une autre façon de s’engourdir
Mais la vérité concrète
Incontrôlable

Nous sourions
Nous avions retrouvé l’adolescence
Nous étions heureux et fiers
De sentir arriver
Du milieu des mers
L’absolu
Porté disparu depuis des siècles

Nous avions retrouvé le lyrisme
A la hauteur de notre décadence
Nous sourions
Et je n’eus qu’un instant pour relire mes mots
Je n’avais déjà pas rendu copie blanche

Certains connaissaient le correcteur
Je leur souhaitai un bon piston
En espérant être recalé
Pour connaître les seuls vraies vacances qui soient

Les commentaires sont fermés.