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24/01/2014

Tu le sens l'égoïsme ?

Quand ne penser qu’à soi dégoûte
Quand même penser aux autres
Est égoïste
A quoi penser ?

Ne pas
Ne plus
Ne jamais
Laisser gaspiller ce temps
Cette lenteur de remettre à plus tard
Comme s’il y avait un plus tard
Comme si cela ne se limitait pas à la seconde suspendue

Tu le sens le temps passer ?
Comme si porter cette détresse
Aux autres
Suffisait.

Comme si rien n’était possible
Hurler
Sous une douche froide
En croyant bien faire
En croyant annihiler un peu de l’impossible
En croyant dire un peu
Dire combien il n’y a.

Et il y a le temps
De bien faire
S’en vouloir de s’en vouloir de s’en vouloir
Et reculer alors qu’il n’y a qu’à
Lancer un peu les bras en l’air

Passage de caps
Je l’ai bien su
Je l’ai bien senti à la seconde où ça s’est passé
Tu le sens ?
A quel point une fois que c’est pensé

C’est impossible de reculer ?
J’ai cru me faire dévorer par l’époque
Par le temps
Mais c’était par moi
Incapable.

Château

Le jazz a le toupet de se construire précisément sur de l'immatériel, comme un château dans un marécage. Ce qui y flotte n'est pas énoncé. Le château ne tient pas debout par l'opération du Saint-Esprit, mais tout tend simplement vers une dissimulation du plancher, des fondations. Les murs sont là, ils tiennent ensemble, contiennent de l'air qui vibre, du vent peut-être, un oiseau qui en a parfois trop à dire ; mais jamais l'on ne voit le ciment en poudre qui se mélange à l'eau du bourbier où l'on croit se trouver, et lie chaque pierre l'une à l'autre.

            Le jazz dit bien, ou plutôt ne dit pas, dit bien pas le secret, l'immense secret qui semble se cacher, qui doit se cacher, le secret qu'il y a forcément sous tout ce bordel.

            C'est dissimulation, compréhension, anticipation, appréhension du vide. Le château peut s'écrouler à tout instant dirait-on, le secret est dans les mains de ses maçons ; de ses peintres qui, dans les couloirs et sur les murs des cours, s'appliquent à tromper l’oeil. Le but est de te perdre jusqu'à ce que ton soupir de soulagement,  lorsque tu retrouves enfin ton chemin, couvre tous les sons en présence.

Cachée derrière les ornements, les volutes et dorures des tableaux, parmi le spectre des couleurs – de pierre à marbre, de terre à bois – , il y a une autre forme de résolution, une tension structurelle, sculpturale. Le château est peut-être planté sur son angle le plus pointu, et celui-ci de toute part embourbé jusqu'aux fenêtres dans la boue bétonnée, c'est dans les souterrains les plus sombres, les plus profonds, sous le niveau du marécage, là où le silence met mal à l'aise, que les maçons défoncent à grands coups de masse le fond des culs de sac pour retrouver une lumière nocturne. Jusqu'à traverser le globe de part en part peut-être.

 

 

07/01/2014

Ça touche ou ça touche pas ?

Parfois ça touche
Et parfois ça touche pas

Par exemple on s’assoit
Contre l’épaule
Dans les boîtes sous terre
Comme pour attendre la dernière
Et là c’est drôle
On se sent pas
Car c’est rendu obligatoire par l’exiguïté réglementaire et économe des banquettes communes

Mais par exemple on se frôle
Par hasard
Ca touche
Mais presque pas
Comme une patte de mouche
Comme un mouvement de bras
Plus tard
Comme par hasard
Et pour l’exemple
On s’en étriperait à la place du public
Car c’est rendu obligatoire par le respect d’une distance réglementaire entre les différents épidermes

Il en va de la dignité des corps de ne pas s’effleurer
Quand ça touche pas ça touche pas
Il en va de la floraison de toutes choses de ne plus s’indigner
Quand ça touche

Mais par exemple alors
C’est si bon
Quand dans le tas
Il y a l’obligation
Ou la joie
Ou la violence
Quand je vous vois
En bas
Ou que je suis dedans
Et qu’enfin là
Ça touche
Ça brutalise même
Collez nous vos sueurs
Collez vous nos sueurs
Dans le nez
Prenez un peu de notre noir
Quand ça touche ça change 

Et une fois que tout a bien touché
N’oubliez pas la fureur
Ne la laissez pas ici
Emportez la