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24/01/2014

Château

Le jazz a le toupet de se construire précisément sur de l'immatériel, comme un château dans un marécage. Ce qui y flotte n'est pas énoncé. Le château ne tient pas debout par l'opération du Saint-Esprit, mais tout tend simplement vers une dissimulation du plancher, des fondations. Les murs sont là, ils tiennent ensemble, contiennent de l'air qui vibre, du vent peut-être, un oiseau qui en a parfois trop à dire ; mais jamais l'on ne voit le ciment en poudre qui se mélange à l'eau du bourbier où l'on croit se trouver, et lie chaque pierre l'une à l'autre.

            Le jazz dit bien, ou plutôt ne dit pas, dit bien pas le secret, l'immense secret qui semble se cacher, qui doit se cacher, le secret qu'il y a forcément sous tout ce bordel.

            C'est dissimulation, compréhension, anticipation, appréhension du vide. Le château peut s'écrouler à tout instant dirait-on, le secret est dans les mains de ses maçons ; de ses peintres qui, dans les couloirs et sur les murs des cours, s'appliquent à tromper l’oeil. Le but est de te perdre jusqu'à ce que ton soupir de soulagement,  lorsque tu retrouves enfin ton chemin, couvre tous les sons en présence.

Cachée derrière les ornements, les volutes et dorures des tableaux, parmi le spectre des couleurs – de pierre à marbre, de terre à bois – , il y a une autre forme de résolution, une tension structurelle, sculpturale. Le château est peut-être planté sur son angle le plus pointu, et celui-ci de toute part embourbé jusqu'aux fenêtres dans la boue bétonnée, c'est dans les souterrains les plus sombres, les plus profonds, sous le niveau du marécage, là où le silence met mal à l'aise, que les maçons défoncent à grands coups de masse le fond des culs de sac pour retrouver une lumière nocturne. Jusqu'à traverser le globe de part en part peut-être.

 

 

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