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08/09/2016

Prendre les armes

 

Prendre les armes, toutes les armes, les armes à feu, les armes à yeux, les armes à bras et à penser, les armes à prendre, il y a toutes les armes et maintenant apprendre à s'en servir, les armes à langue, les armes à joie et à fureur, apprendre à s'en servir, prendre, se servir dans la caisse, la caisse d'armes, la caisse à bras, la caisse enregistreuse, apprendre à s'en servir, prendre les armes sur le tapis roulant et passer à la caisse, passer la caisse par les armes, enregistrer les armes, il y a toutes les armes sur le tapis roulant, prendre le tapis, apprendre à s'en servir, apprendre à se servir, se prendre les pieds dans le tapis, sous le tapis, il y a toutes les armes, les armes à vent et les armes à poussière, les vieilles armes, sous le tapis il y a la trappe, la cave, les caisses dans la cave, il y a toutes les armes et maintenant apprendre à s'en servir, la cave à armes, la cave à vins, la cave à cauchemars, puni sous le tapis, sous le tapis la trappe, sous la trappe toi qui crie, aux armes, toutes les armes, les vieilles armes, les jeunes armes, les jeunes vieux déjà, apprendre à s'en servir, les armes, toutes les armes passées à la caisse, les armes achetées, les armes discount, les armes maison, les armes perso, les armes du cerveau, les prendre et les donner, sous le tapis la trappe, la cave à armes, entrer, faire entrer, se servir, apprendre à s'en servir, apprendre à se servir, sous le manteau les armes, sous le manteau les armes à corps, les armes à peau, les armes à se toucher partout, sous le manteau la caisse du corps, la peau à prendre, à se toucher, à s'en servir, les armes à poils, les armes à cuisses, les armes à tétons, il y a le manteau et il y a toutes les armes, le métal contre la peau, apprendre à s'en servir, prendre la caisse, se servir, se servir des armes, apprendre à faire peur, se servir de la peau, il y a le manteau et il y a la peur des trous dans la peau, s'en servir, les armes à peur, les armes à lâche, les armes à l'arrache, courir, il y a le manteau, sous le manteau la caisse, courir, se servir de la peur, passer la peur par les armes, les armes du dedans, les armes en soi, les armes à joie, passer les armes par la joie, prendre les armes pour la joie, pour les prendre, pour ne pas rien faire, s'en faire, s'inventer, il y a les armes à l'arrache et il y a les autres, toutes les armes, les armes à deux balles et les armes à mille, il y a les armes discount et puis combien les prennent, s'en prendre aux armes, détruire les armes, les armes à barreaux, les armes à barbes, les armes à barbelés, les armes à détruire, à s'arracher de sous la peau, les armes sous la peau, les armes à s'enlever du cerveau, les armes du matin et les armes du soir, sous le tapis la cave, sous la peau le cerveau, passer le cerveau par les armes, passer le cerveau par la joie, sous la peau toi qui crie, aux armes, il y a les armes à nom, les armes à passeport et les armes à empreintes, les armes aux murs et les murs à oreilles, il y a les armes au bout des doigts, les empreintes de peau dans le cerveau, il y a les armes à la cave, les armes au bureau, les armes à la cuisine, les couteaux, il y a la peur des trous dans la peau, le métal contre la peau laisse sortir les armes de tous les jours, prendre la peau, laisser des trous, il y a le manteau, sous le manteau toi qui crie et les armes du soir qui laissent des trous dans la peau, les traces dans le cerveau, il y a les armes à cuisse, les armes de garçon et les armes de fille, les armes bleues, les armes rouges, les armes bien rangées, par nom, par taille, par forme, par couleur, prendre les armes et les mélanger, les mille armes à deux balles, oublier les armes, éviter la caisse, éviter les trous dans la peau, oublier les trous, oublier toi sous le manteau, il y a les trous et il y a toi avant, et maintenant les armes bien rangées, il y a les armes à courage, les armes à ténacité, les armes à dents, les armes à muscles, serrer les armes, serrer les dents, il y a les poings, les armes de mains, les armes discrètes, sous le tapis la cave et la torture, sous le tapis il y a toi qui crie et qui te fait des trous dans la peau, le métal contre la peau laisse sortir la peur de tous les jours, il y a des trous dans le soir, apprendre la torture, apprendre l'histoire, apprendre la peur de tous les jours, il y a des trous dans le soir, il y a le matin, les armes d'habitude, les armes d'abruti, les armes molles, froides, il y a des matins comme des soirs, et toi qui ne crie plus, il y a toi avant et il y a toi maintenant, abruti, il y a les armes en or et les armes à fourrure, les armes à cuir, les armes à canapé et toi qui ne crie plus, les armes discrètes, sous le canapé les armes, les trous dans la peau, la cave, les cris, la torture, la joie, le cerveau, il y a des trous dans le soir, sous le canapé les cadavres, sous le canapé il y a toi qui crie et sur le canapé il y a toi qui ne crie plus, prendre les armes à ennui, prendre les armes à dire oui, prendre les armes calmes, et les détruire, sortir la peur de tous les jours, sortir par les trous la colère, il y a des trous dans le soir, laisser sortir le matin, les armes, prendre les armes le matin, prendre un café, et ne plus les lâcher.

 

 

 

 

29/06/2016

Tous les matins


19/04/2016

Sur le corps de Wissam

Et doucement tout pourrit, ça pourrit, ça s'éteint, on se laisse fatiguer par tous les jours la vie qui avance et qui va plus vite que le cerveau qui pense, et doucement tout pourrit, tout pourrait pourtant avancer doucement si l'on osait être forts et si l'on osait vivre comme ailleurs d'autres meurent, courageusement, violemment, librement, sans peur, mais doucement tout pourrit parce qu'il faut bien penser un peu à soi et à la vie qui coule mais qui pourrit, doucement, qui s'efface, qui efface ses traces et les preuves de sa barbarie originelle, de son origine vivace, les traces des coups reçus, sentis, imaginés, les blessures honteuses, celles du silence qu'on s'impose à soi-même pour se sentir léger, pour se sentir en sécurité, les traces qui s'effacent doucement dans nos esprits, notre corps qui pourrit, notre corps collectif à tous qui disparaît derrière les papiers et les mots d'un grand bureau en or qui s'appelle la France et qui porte les coups et tout de suite après les efface, laisse le corps putréfié d'un Wissam dans un couloir de morgue, pour que disparaisse l'évidence que nous avons raison, et doucement tout pourrit et puis un jour le corps ouvrira les yeux et on réalisera que la France et les autres, les états, les nations, et tous ces grands bureaux, cachaient cette horreur qui ne nous surprend plus, des mensonges, des camps, des massacres, de la complicité de tous, partout, sur tous les corps et dans tous nos cerveaux les traces de nos peurs incapables, de notre inaction, nous étions juste là, présents, nous savions qu'on nous effaçait, qu'on pourrissait, et pas loin, en Turquie, à Calais, d'autres corps pourrissaient et nous nous bouchions le nez pour ne pas sentir la putréfaction dans l'air, l'Oréal nous aidait, à grands renforts de parfum, et les télés aussi, la musique, le vent, les paroles inutiles nous cachaient les cris et le ronflement sordide de frères venus de loin crever d'autre chose que de la guerre, crever du pourrissement, de la honte, crever à nos frontières, et nous serons complices et ébahis, un jour peut-être le corps ouvrira-t-il les yeux mais doucement tout s'éteint, toute la nuit avance, il semblerait urgent de retrouver les interrupteurs, la barbarie originelle, les gesticulations de la bête prise au piège qui fait tout pour s'enfuir, même se couper une patte, s'arracher le bout de la truffe, car elle sait qu'il n'y aura personne pour la défendre, notre corps collectif est seul et ce ne sont pas les lois qui diront le contraire, les lois qui nous séparent, nous effacent, nous éteignent, nous rassurent et nous plombent, nous plongent dans le ciment et nous taillent un sourire qui ne tiendra bientôt plus, il semblerait urgent de retrouver le droit d'être intolérants, excessifs, tendus, agressifs, il semblerait urgent que le grand corps s'autorise la douleur, s'autorise à détruire les sourires qu'on nous vend partout et tout le temps, la mascarade, leurs masques qui pourrissent doucement, ces visages de matons bienveillants souriants au-dessus du corps de Wissam et puis de tous les autres d'avant et d'après, de quand nous nous réveillerons et verrons sous nos pieds le grand tas de cadavres marqués des sigles et des logos de ce cauchemar qu'ils appellent le progrès, et l'industrie, et la croissance, alors que ce n'est que leur lâcheté et leur soif de pouvoir et d'argent, et c'est ce qui ne les rend pas plus heureux que nous, pas plus courageux, pas plus beaux, tout pourrit doucement, viendra un jour où ils se suicideront sûrement parce qu'ils n'auront plus personne sur qui exercer leur pouvoir et que l'argent ne vaudra plus rien puisqu'il n'y aura plus rien à acheter, tout aura pourri, tout ne sera qu'un grand tas de merde, et ce sera tant mieux, ils pleureront de rancune et trouveront bien quelqu'un à payer pour les suicider à leur place, plus personne ne saura plus quoi penser, plus personne ne sait déjà plus quoi penser, peut-être qu'il ne faut plus penser et qu'il ne faut que faire tout l'inverse de ce qu'on nous dit, ne plus avoir peur et retrouver la sauvagerie, ils nous éteignent et nous effacent et nous rassurent et nous obéissons, il semblerait urgent de désapprendre à dire oui à tout, car doucement, oui, tout pourrit, et sur le corps de Wissam sont en train de germer des fleurs, reste à savoir si ce sont les nôtres ou les leurs.